Rose pour les filles, bleu pour les garçons : origine d’un mythe

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Le mouvement #MeToo et les nouvelles voix féministes interrogent nos stéréotypes. L’association du rose pour les filles et du bleu pour les garçons apparait comme sexiste. Mais quelle est l’origine de ce mythe, encore ancré dans nos sociétés ?

Un peu d’histoire…

Dans l’antiquité, on attribue le bleu aux jeunes garçons. On souhaite, en effet, avoir un enfant de sexe masculin pour transmettre l’héritage. En outre, avoir une fille représente un coût financier important puisqu’il faut payer la dot. On attribue donc le bleu à l’enfant désiré, couleur des cieux et donc des dieux. En outre, le mot rose n’existe pas dans la langue grecque ou latine, on parle d’incarnat. 

Au Moyen-Âge, cette association tend à changer. On commence à attribuer le bleu aux femmes. L’iconographie religieuse représente, en effet, la vierge Marie avec un manteau bleu. Quant au rose, il commence à être attribué aux hommes, car il est considéré comme une déclinaison du rouge. Cette couleur est associée à la masculinité, au pouvoir, à la guerre sanglante. Néanmoins, on ne porte pas de rose avant la Renaissance. En effet, il faut atteindre l’exportation de bois du Brésil pour réussir à fixer la couleur sur le textile. Cela va lancer une mode à la cour. La couleur rose commence donc à être portée dans un cercle restreint, élitiste.

La réforme protestante tend à inverser cette colorimétrie. Elle désigne des couleurs plus dignes que d’autres : le noir, le gris, le marron et le bleu. Ainsi, ces couleurs sont de plus en plus associées à la masculinité. En outre, le bleu est de plus en plus attribué au pouvoir, comme en témoigne le symbole des rois. À titre d’exemple, le symbole de la dynastie des bourbons marie le bleu aux fleurs de lys. Le rouge devient une couleur associée à l’amour. Les robes de mariage sont souvent rouges, notamment dans les cercles paysans. Le traité des couleurs de Goethe en 1810 fait mention, pour la première fois, d’une association entre le rose et la femme. Il énonce que  « le sexe féminin dans sa jeunesse est attaché au rose et au vert d’eau ». Au XIX, la chimie des couleurs permet de démocratiser les vêtements colorés. On transpose l’opposition rouge/bleu aux enfants avec le rose et le bleu.

Le marketing renforce cette association

Cette dichotomie s’accentue au XXème siècle, avec l’émergence du marketing dans les années 1930. Les entreprises remarquent le potentiel de gain de la séparation des sexes. Les publicités accentuent donc sur cette différence. Les couleurs sont utilisées comme outil de vente. On voit apparaitre des univers marqués : barbie pour les filles et super-héros en tout genre pour les garçons. Les familles vont, à titre d’exemple, acheter un vélo bleu pour leur fils et un vélo rose pour leur fille. 

Mona Chollet dans « Beauté fatale, les nouveaux visages de l’aliénation féminine » énonce que l’arrivée du « rose girly » en 1980 marque l’apogée de cette dichotomie. Les magasins de jouets pensent leurs espaces par cette association de couleur. Ce mythe se diffuse également avec la pop culture, où les teen movies associent un univers girly aux héroïnes de la fiction. 

Jusqu’aux années 2000, ce procédé marketing est efficace. Pourtant, des contestations vont émerger. Cette dichotomie est accusée de perpétuer des rapports sexistes. Les jouets et leurs univers colorés marqués attribuent des rôles aux enfants. Les petites filles sont conditionnées à la domination, à l’exécution de tâches ménagères, à leur rôle maternel. L’univers bleu des garçons leur apprend le courage, la bravoure, la force. L’attribution des couleurs est donc remise en question et on voit émerger des campagnes publicitaires la dénonçant, à l’instar de la campagne « Marre du rose » lancée par l’association Osez le féminisme, Les Chiennes de Garde et Pépite Sexiste.

L’origine de ce mythe est donc récent et le marketing a participé à son ancrage dans la société. Aujourd’hui, il apparait comme désuet.

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