Comprendre l’appropriation culturelle

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Les années 2010 ont vu émerger le terme « d’appropriation culturelle ». Ce dernier alimente régulièrement les débats. Cet article propose une introduction à la notion d’appropriation culturelle. Pour comprendre ce concept complexe plus en profondeur, nous vous recommandons de confronter plusieurs sources.

L’appropriation culturelle est une notion qui induit des rapports de domination. Elle se définit par l’accaparement d’attributs propres à la culture d’un groupe, par un groupe dominant. Cette appropriation induit l’invisibilité du groupe qui se définit par cette culture. Souvent utilisée dans l’art et la mode, elle comprend l’appropriation du profit tiré de cette création artistique. Le terme d’appropriation culturelle est apparu dans les années 1990 pour caractériser l’usage irrespectueux des cultures autochtones par les blancs en Amérique du Nord. La pop culture et la mode mettent en exergue cette notion, avec des scandales nombreux. 

La culture construit l’identité de l’individu 

Pour définir la notion d’appropriation culturelle, il faut d’abord comprendre en quoi l’individu et sa culture sont si étroitement liés. La culture est une notion qui n’existe pas indépendamment des acteurs sociaux qui en sont porteurs. Le concept de personnalité chez un individu représente l’assimilation des valeurs et pratiques de la culture ambiante. Ces deux termes sont donc indissociables. 

Un groupe ne peut pas exister sans culture. Cette dernière constitue l’un des trois niveaux d’un caractère unique dans la programmation mentale humaine. Ce concept est expliqué par le schéma ci-contre, conceptualisé par Geert Hofstede, Gert Jan Hofstede et Michaeal Minkov dans l’ouvrage « Cultures et organisation ».

La mode est un outil social. Elle est un moyen d’expression des individus. Cette dernière est porteuse d’une culture qui est propre à chaque groupe social. Chaque pays a ses tenues traditionnelles. Lorsqu’un groupe s’approprie ces tenues, il nie la culture et donc l’identité collective du groupe concerné.


L’appropriation culturelle pensée comme oppression

Le sociologue Eric Fassin explique que le concept d’appropriation culturelle apparait à la fin du XXème siècle dans le domaine artistique. On parle alors de « colonialisme culturel ». L’appropriation est une forme de racisme ordinaire. Ce qui définit l’appropriation culturelle, ce n’est pas l’emprunt ou l’imitation. Il est à la base de toute démarche artistique. L’appropriation culturelle prend source dans sa notion de domination. Si l’on nie la dimension historique de son inspiration derrière une démarche artistique, on retire l’histoire culturelle du groupe associé. 

L’appropriation culturelle, selon le professeur canadien de littérature comparée Willam Moser, comprend cinq formes différentes :

  • Utiliser des éléments d’une culture à laquelle on n’est pas initié
  • Ignorer les codes de la culture appropriée
  • Déformer et associer des clichés qui la dénigrent
  • Retirer le droit de se représenter elle-même librement
  • Profiter de sa position dominante pour utiliser les biens intangibles d’un groupe à des fins marchandes

Dans la mode, cette appropriation culturelle se traduit par la revendication de la propriété intellectuelle d’un créateur envers un textile, accessoire, coiffure, motif. Souvent, cela passe par la négation de l’histoire de l’élément, ou une modification de ce dernier.


Peut-on envisager la distinction appréciation culturelle et appropriation culturelle ?

Après avoir défini l’appropriation culturelle, une question émerge : est-il possible de créer une oeuvre inspirée d’une culture qui appartient à autrui sans nier son histoire ?

Il faut d’ores et déjà exclure le concept d’assimilation culturelle de cette question. Elle traduit la nécessité d’adopter les codes du groupe dominant pour se faire accepter. Ainsi, c’est une conséquence des rapports de domination (raciaux, sexuels, entre classes).

En premier lieu, la culture dominante ne doit pas confisquer les espaces de création des minorités. On peut s’inspirer et bien faire en incluant les personnes issues de cette culture dans tout le processus de création. Il faut donc partager l’histoire associée à la pratique dont on s’inspire, ne pas l’invisibiliser. Dans la mode, cela se traduit par travailler avec des couturier.e.s qui maitrisent ces codes que l’on veut emprunter, faire défiler des mannequins issus du groupe.

L’appropriation culturelle met donc en lumière un racisme ordinaire encore présent. La mode cristallise ces rapports de domination. En effet, il n’est pas rare de voir des grandes marques accusées d’appropriation culturelle.


Pour aller plus loin sur le sujet, voici une liste de sources :

De la question sociale à la question raciale ? Didier Fassin aux éditions Découverte (2020)
Le compte Instagram « kiffe ta race » par Rokhaya Diallo et Grace Ly
La condition noire : essai sur une minorité française, Pap Ndiaye aux éditions Folo (2019)
Le compte Instagram « sansblancderien »
L’appropriation culturelle, Rodney William aux éditions Anaconda (2020)

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